
Je suis à l'âge où on voit ses grands-parents s’approcher de la fin de leur vie. En les regardant vivre avec tendresse cette dernière étape, je me demande parfois s'ils ont le sentiment d’avoir accompli leur vie ou s'ils partiront avec des regrets. C'est en songeant à cette idée de vie accomplie – si tant est que cela existe – que j’ai écrit le scénario d’EDELWEISS. J’ai choisi de situer mon histoire en haute montagne car ce décor à la fois sublime et périlleux était un réservoir de possibilités esthétiques et dramaturgiques.
J’ai voulu incarner à travers mon personnage de vieil homme persévérant, à l'aube de son dernier voyage, les thèmes de l’attachement, de la solitude, mais surtout de l’humanisme. Ce périple est une illustration d’une de ses valeurs qui m’est chère : le droit de disposer librement de son corps sans se soumettre à une autorité politique, religieuse ou sociale.
Après avoir vécu en ermite avec son chien pendant de nombreuses années, Léon va se laisser mourir au sommet de la montagne, une fois son dernier objectif atteint. À travers cette histoire, je m’interroge et j’interroge le spectateur sur le choix de mettre fin à ses jours, non pas pour faire cesser des souffrances psychiques ou physiques insupportables, mais parce qu’on estime être arrivés au bout du voyage. Avoir accompli sa vie.
Le film n’a pas de dialogues. Le silence de la montagne a quelque chose de vertigineux qu’il me semblait important de préserver. Léon s’adresse à son chien en sifflant. Ce mode de communication sert la narration, et permet d’impliquer le spectateur, qui va se familiariser avec ce langage qui n’appartient qu’à eux.
Le film démarre lentement, le temps d’établir le décor et l’ambiance paisible de la vallée, puis s'accélère pendant les péripéties, et ralentit progressivement à l'arrivée au sommet.
J’aimerais qu’en sortant de la salle, les spectateurs soient partagés entre un questionnement sur le thème du film et l’émotion provoquée par cette fin douce-amère.